Menace de dissolution du syndicat enseignant CNAPESTE et pressions contre l’action syndicale autonome
La menace de dissolution qui pèse sur le CNAPESTE, un syndicat indépendant du secteur de l’éducation, constitue une nouvelle atteinte préoccupante à la liberté syndicale en Algérie. Selon les informations rendues publiques par le syndicat, une procédure judiciaire a été engagée le 9 mars 2026 à l’initiative du ministère du Travail, avec le soutien du ministère de l’Éducation nationale, en vue de sa dissolution. Le CNAPESTE considère cette décision comme une tentative d’étouffer l’action syndicale indépendante. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de pressions administratives et judiciaires exercées contre le syndicat et son coordinateur national, Messaoud Boudiba, notamment en lien avec l’exercice d’activités syndicales et la mobilisation collective. Cette évolution ne concerne pas seulement une organisation en particulier : elle soulève des préoccupations plus générales quant au respect de la liberté d’association syndicale, au pluralisme dans la représentation des travailleurs et à la capacité des syndicats indépendants à fonctionner sans ingérence. Dans un contexte déjà marqué par la restriction de l’espace civique, cette affaire envoie un signal négatif supplémentaire concernant l’environnement de la société civile.
Adoption accélérée de la réforme du régime électoral et examen du projet de loi sur les circonscriptions électorales en Algérie
Entre le 31 mars et le 4 avril 2026, les autorités algériennes ont agi rapidement pour adopter deux textes législatifs importants relatifs au cadre électoral. Tout d’abord, le 2 avril 2026, le Conseil de la Nation a adopté le projet de loi modifiant et complétant la loi organique relative au système électoral, après son adoption par l’APN le 31 mars 2026. D’autre part, le 4 avril 2026, le ministre de l’Intérieur a présenté un projet de loi à la Commission des affaires juridiques de l’APN déterminant les circonscriptions électorales et le nombre de sièges à pourvoir au Parlement.
Selon les autorités, ces changements visent à renforcer la transparence, l’intégrité du processus électoral et l’efficacité de l’ANIE. Parmi les modifications annoncées figurent la modification de 85 articles, l’ajout de 4 nouveaux articles, la suppression de 5 articles, la réorganisation de l’ANIE, la réduction du nombre de signatures requises pour certaines candidatures, de nouvelles règles concernant la représentation des femmes et la mise en place d’outils numériques pour la gestion des listes électorales. Du point de vue de la société civile, le principal enjeu ne réside pas seulement dans le contenu technique de la réforme, mais aussi dans la manière dont elle est menée : avec un débat public limité et non-inclusif sur des règles qui façonnent directement la participation et la représentation politiques.
Le Parlement adopte des amendements « techniques » à la Constitution qui renforcent la centralisation du pouvoir exécutif
Le 25 mars 2026, le Parlement algérien réuni en congrès a adopté 12 amendements à la Constitution de 2020, présentés par les autorités comme des ajustements techniques destinés à améliorer la cohérence institutionnelle et l’efficacité du fonctionnement de l’État. D’après les explications officielles, ces amendements concernent notamment la fonction présidentielle, l’organisation du Parlement, le Conseil supérieur de la magistrature et l’Autorité nationale indépendante des élections. D’après nos sources, la société civile n’a pas été consultée dans le cadre de ce processus. Plusieurs dispositions sont particulièrement sensibles pour l’environnement favorable à la société civile : modification de la composition du Conseil supérieur de la magistrature, nominations à certaines fonctions judiciaires par décret présidentiel après consultation seulement, et transfert de la préparation matérielle et logistique des élections à l’administration. Bien que le gouvernement présente ces changements comme neutres et techniques, des observateurs indépendants considèrent qu’ils renforcent davantage la présidentialisation du régime, réduisent l’autonomie institutionnelle et limitent les garanties d’équilibre entre les pouvoirs, ce qui peut avoir un impact négatif durable sur l’espace civique et la capacité de la société civile à agir dans un cadre institutionnel pluraliste. Pour la société civile, l’enjeu ne réside donc pas seulement dans le vote lui-même, mais dans la manière dont ces nouvelles dispositions seront utilisées à l’avenir pour imposer des contrôles plus stricts aux institutions censées jouer un rôle de contrepoids ou d’organe de contrôle.
Mustapha Bendjama’s new conviction amid repeated legal proceedings in Annaba | Nouvelle condamnation de Mustapha Bendjama dans le cadre de procédures judiciaires répétées à Annaba
Entre janvier et février 2026, le journaliste algérien Mustapha Bendjama a fait l’objet de plusieurs audiences à Annaba, dans le cadre de poursuites judiciaires répétées liées à son travail journalistique et à ses publications sur les réseaux sociaux. Plusieurs sources ont fait état de plusieurs convocations et audiences en janvier 2026, suivies d’une comparution le 10 février 2026 dans le cadre d’une nouvelle affaire, qui a abouti le 17 février 2026 à une condamnation à six mois d’emprisonnement, à une amende et au paiement d’une somme au Trésor public. Une nouvelle comparution a également été annoncée pour le 25 février.
Selon les informations publiées, les accusations portent notamment sur des infractions liées à la « diffusion d’informations » et à la « atteinte à l’intérêt national » en rapport avec des contenus journalistiques et des publications sur Facebook. Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de harcèlement judiciaire documenté depuis plusieurs années, notamment par RSF, CPJ et MENA Rights Group. En 2024, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a conclu que sa privation de liberté dans une affaire précédente était arbitraire.
Arrestation et placement en détention provisoire du journaliste Abdelali Mezghiche
Le 9 février 2026, le journaliste indépendant Abdelali Mezghiche a été arrêté et placé en détention provisoire pour plusieurs chefs d’accusation, notamment « trouble à l’ordre public », « diffusion de fausses informations » et « appartenance à un groupe subversif ». Selon plusieurs organisations et médias indépendants, cette arrestation s’inscrit dans un contexte de surveillance accrue de la liberté d’expression et de la presse en Algérie. La défense a immédiatement contesté les accusations, arguant que l’arrestation était directement liée au travail journalistique de Mezghiche, en particulier à ses enquêtes critiques sur la gouvernance locale et les pratiques sécuritaires. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont SHOAA et CPJ, ont dénoncé cette mesure répressive visant la liberté de la presse. Ces événements s’inscrivent dans une tendance plus large à la judiciarisation des activités journalistiques et à la criminalisation de l’expression en ligne. La procédure est en cours et l’appel de la défense est toujours en instance. Cet événement soulève de sérieuses préoccupations quant à l’état des libertés fondamentales et au climat général d’autocensure et de peur qui règne parmi les acteurs de la société civile et les médias indépendants.
Libération de l’activiste Lyes Touati après détention préventive
Le 3 février 2026, Lyes Touati, militant algérien arrêté le 15 décembre 2025 à Bejaia et placé en détention provisoire, a été libéré après 59 jours de détention. Initialement poursuivi pour des chefs d’accusation graves liés à l’article 87 bis (terrorisme), les charges ont été requalifiées en délits mineurs et finalement retenues au titre de l’article 196 bis pour avoir prétendument diffusé de « fausses informations ». Cette libération intervient après une longue période d’inaction de la part du pouvoir judiciaire et des pressions exercées par son comité de soutien et des organisations de défense des droits humains.
Cet événement marque une avancée positive dans la surveillance de l’espace civique en Algérie : il montre que la mobilisation de la société civile, tant nationale qu’internationale, peut avoir un effet concret sur la protection des militants. Cette libération permet à Touati de retrouver sa liberté, tout en poursuivant son engagement civique et ses actions en faveur des droits humains.
L’économiste Djelloul Slama placé en détention provisoire après avoir critiqué des politiques/projets publics
Selon plusieurs publications de presse, l’économiste algérien Djelloul Slama aurait « disparu » pendant deux semaines après une prétendue arrestation le 24 janvier 2026, avant d’être placé en détention provisoire par le tribunal de première instance de Dar El-Beïda (Alger) le 5 février 2026. Les charges retenues contre lui ne sont pas rendues publiques dans l’article, mais sa détention est présentée comme pouvant être liée à ses interventions dans les médias critiquant le discours officiel sur les projets économiques « phares », notamment l’exploitation de Gara Djebilet, dont la rentabilité, les coûts et les contraintes techniques liées au phosphore sont contestés.
Cette affaire a suscité des réactions dans la sphère publique, où elle est considérée comme un moyen de dissuasion à l’égard des voix expertes et critiques et comme un indicateur des restrictions à la liberté d’expression et au débat public sur les politiques économiques.
Féminicide d’Asma Oumaïma et mobilisation des organisations pour une protection efficace des enfants
Le 26 janvier 2026, Asma Oumaïma, une adolescente (mineure), a été tuée dans la wilaya de Chlef. Ce féminicide a provoqué une onde de choc dans tout le pays et relancé le débat sur l’efficacité des mécanismes de prévention et de protection contre la violence domestique, en particulier lorsqu’il existe des signaux d’alerte préalables. Dans un contexte où les violences sexistes restent très répandues et insuffisamment prévenues, plusieurs organisations de la société civile ont dénoncé ce crime comme « évitable » compte tenu des signes annonciateurs et de la responsabilité des institutions censées protéger les mineurs en danger. Dans les jours qui ont suivi, un mouvement de sensibilisation s’est mis en place, avec des appels publics et des déclarations d’organisations féministes et de défense des droits pour exiger une réponse coordonnée : amélioration des procédures de signalement, éloignement effectif du danger, accès à des structures d’hébergement et réformes juridiques visant à réduire l’impunité et la banalisation de la violence.
Au-delà de la tragédie, cet événement met en lumière une question centrale pour Enabling Environment : la capacité réelle de l’État à réagir aux alertes, à protéger et à rendre des comptes, ainsi que le rôle de la société civile dans la documentation, l’alerte et la mise en œuvre de réformes dans la sphère publique.
La détention de l’activiste Lyes Touati prolongée malgré l’allègement des charges retenues contre lui
L’activiste Lyes Touati est détenu depuis son arrestation dans la wilaya de Béjaïa le 15 décembre 2025, passant 50 jours en détention provisoire au 3 février 2026. Son affaire a été déclassée, passant des accusations initiales liées au terrorisme à des infractions correctionnelles après que la chambre d’accusation a rejeté l’article 87 bis. L’accusation découle d’une publication sur Facebook. Malgré la requalification, sa détention se poursuit et son procès tarde à se concrétiser. Selon son comité de soutien, Touati devrait désormais comparaître devant le tribunal de Béjaïa le 5 février 2026 en vertu de l’article 196 bis pour avoir prétendument diffusé de « fausses informations ». Les acteurs de la société civile ont souligné l’absence de preuves crédibles justifiant le maintien en détention et ont exprimé leur inquiétude quant au fait que les procédures judiciaires semblent être utilisées pour dissuader la dissidence.