Latifa Dib, présidente de l’Organisation des femmes professionnelles algériennes, condamnée à quatre ans de prison pour des publications en ligne
Le 15 juin 2026, l’ancienne avocate algérienne Latifa Dib, présidente de l’association « Organisation des femmes professionnelles algériennes », a été condamnée à quatre ans d’emprisonnement et à une amende de 200 000 dinars par le tribunal correctionnel de Sidi M’hamed à Alger. Elle a été poursuivie pour avoir publié sur les réseaux sociaux des « messages susceptibles de porter atteinte à l’intérêt national et de porter atteinte aux symboles de la République ». Arrêtée en mai 2026, son procès s’est tenu le 8 juin 2026. Paradoxalement, Latifa Dib s’était fait connaître comme une fervente défenseuse des institutions de l’État, illustrant même ses publications de photos du président de la République et du chef d’état-major afin d’obtenir, selon ses propres termes, leur « protection ».
Cet événement a un impact très négatif sur le climat de la société civile en Algérie. Il montre que l’espace numérique reste soumis à un contrôle judiciaire strict, arbitraire et imprévisible. Au sein de la société civile et parmi les observateurs, cette condamnation inattendue a suscité la consternation et des inquiétudes quant à la liberté d’expression. Elle met cruellement en évidence les dangers d’une exposition médiatique excessive dans un contexte répressif où aucune voix de la société civile n’est véritablement à l’abri de poursuites.
Le ministère public réclame une peine de cinq ans de prison à l’encontre de l’ancienne avocate Latifa Dib pour ses publications en ligne
Le 8 juin 2026, devant le tribunal de Sidi M’hamed (Alger), le procureur a requis une peine de cinq ans de prison ferme, assortie d’une amende de 500 000 dinars, à l’encontre de Latifa Dib, une ancienne avocate radiée du barreau d’Alger. Elle est poursuivie en vertu de l’article 96 du Code pénal pour « diffusion de publications destinées au public à des fins de propagande » et « atteinte à l’intérêt national », des chefs d’accusation visant directement ses opinions exprimées en ligne. Placée en détention provisoire au centre de Koléa depuis sa comparution devant le juge d’instruction une semaine plus tôt, elle attend désormais le verdict, qui devrait être rendu la semaine suivante.
Cette affaire illustre le durcissement constant des contrôles sur les contenus partagés sur les réseaux sociaux et le recours à des chefs d’accusation pénaux vagues, au premier rang desquels figure celui d’« atteinte à l’intérêt national », pour réprimer toute expression critique. Cette affaire est d’autant plus préoccupante qu’elle vise une professionnelle du droit qui a déjà été déchue de son droit d’exercer à la suite d’une sanction disciplinaire motivée par ses publications. La société civile et les défenseurs des droits humains suivent ce procès avec inquiétude, y voyant un effet dissuasif à l’approche des élections législatives de juillet 2026.
Publication du décret d’application portant création de la Commission chargée de la déchéance de nationalité
The publication in Official Journal No. 40 of an executive decree setting out the composition, organisation and functioning of the special commission tasked with examining cases of deprivation of Algerian nationality. The decree, signed on 26 May 2026 by Prime Minister Sifi Ghrieb, sets out the procedures for implementing the law amending the Nationality Code, covering both original and acquired nationality.
The commission is chaired by the head of government and largely dominated by security officials: DGSI, DGSN, DGDSE, the commander of the gendarmerie, and army security; alongside three ministers and a Supreme Court judge, and can only be referred to by the Ministers of Defence, Foreign Affairs, the Interior or Justice. Organisations defending press freedom and civil liberties, as well as journalists and opposition figures in exile, denounce a mechanism designed to silence critical voices and the diaspora , relying on vague notions such as ‘undermining national unity’, and ‘the interests of the State’ already invoked in the trials of Hirak prisoners of conscience. The risk of statelessness, which contravenes international law, is particularly highlighted, as many opponents do not hold a second nationality. With this decree, the mechanism becomes fully operational.
Latifa Dib, avocate radiée du barreau et présidente d’une association de femmes, a été placée en détention provisoire pour « atteinte à l’intérêt national »
Le 2 juin 2026, le tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a ordonné le placement en détention provisoire de Latifa Dib, ancienne avocate radiée du barreau d’Alger et présidente de l’Organisation nationale des compétences et des élites féminines algériennes, et a ajourné son procès au 8 juin 2026. Elle est poursuivie pour avoir diffusé des publications destinées au public et portant atteinte à l’intérêt national : une accusation régulièrement portée contre les voix critiques en Algérie. Latifa Dib avait déjà été sanctionnée par le Barreau d’Alger, qui avait ordonné sa radiation définitive au motif de publications jugées contraires à la déontologie professionnelle et aux dispositions légales en vigueur, dans un contexte de surveillance accrue des contenus partagés sur les réseaux sociaux. Son arrestation s’inscrit dans un schéma récurrent de répression visant les professionnels du droit, les leaders communautaires et les militants qui utilisent les plateformes numériques pour s’exprimer publiquement.
Rejet massif des candidatures aux élections législatives algériennes du 2 juillet 2026
À l’approche des élections législatives du 2 juillet 2026, l’Autorité nationale indépendante de l’élection (ANIE) a procédé au rejet en bloc de candidatures dans plusieurs wilayas et circonscriptions de la diaspora, touchant des formations politiques aussi diverses que le MSP, le FFS, le RCD, Jil Jadid, ainsi que des partis proches du gouvernement tels que le FLN et le RND. La plupart des exclusions se fondent sur l’article 200 du Code électoral, dont le septième alinéa exclut tout candidat « connu du public pour ses liens avec des milieux financiers ou d’affaires suspects susceptibles d’influencer le vote des électeurs » — une formulation large qui, selon ses détracteurs, permet d’exclure des candidats sur la base de rapports administratifs ou de sécurité, sans décision judiciaire définitive.
Le parti Jil Jadid a dénoncé une « manœuvre politique délibérée », soulignant que les notifications avaient été publiées à la veille de l’Aïd al-Adha, rendant ainsi impossible tout recours dans les délais légaux. Le MSP, pour sa part, a mis en garde contre « l’aggravation du déficit de confiance entre les citoyens et les institutions ». Le RCD, quant à lui, a critiqué le rôle prépondérant de l’administration dans la sélection des candidats, arguant que « lorsque l’administration choisit à la place du peuple, le vote perd tout son sens ». Des recours ont été introduits devant les tribunaux administratifs, dans un délai procédural extrêmement court.
Le Dr Munir Saghir placé en détention provisoire pour des publications controversées sur Internet
Le 26 mai 2026, le Dr Munir Saghir, chercheur algérien, a été placé en détention provisoire sur décision du juge d’instruction du tribunal d’Oran à la suite de publications sur les réseaux sociaux. Il fait l’objet d’une enquête pénale pour deux chefs d’accusation : apologie d’une organisation classée comme subversive (article 87 bis du Code pénal algérien) et publication de contenus susceptibles de porter atteinte à l’intérêt national (article 96 du Code pénal). Cet incident illustre une tendance alarmante et croissante des autorités algériennes à élargir le champ des poursuites pénales à l’encontre des voix universitaires et intellectuelles. Au lieu de rester des espaces naturels de débat et de dialogue, les universités et les forums de réflexion deviennent des voies menant à des enquêtes judiciaires et à l’emprisonnement.
Une nouvelle condamnation pour Abdelkrim Zeghileche et une intensification du harcèlement judiciaire à l’encontre des voix dissidentes
Le 19 mai 2026, le tribunal de Constantine a condamné le journaliste, militant et engagé politique Abdelkrim Zeghileche à un an de prison. Six mois de cette peine ont été assortis d’un sursis, sans mise en détention, à la suite d’une publication datant de décembre 2025 appelant à la création d’un cadre politique et juridique pour la défense des prisonniers politiques. Cette condamnation est la dernière d’une série de poursuites visant principalement ses publications sur les réseaux sociaux, souvent poursuivies sous des chefs d’accusation liés à des « discours de haine » ou à des « violences », alors même que les faits rapportés relèvent du débat politique et de l’expression critique pacifique.
Zeghileche fait désormais l’objet de nombreuses condamnations et plusieurs autres procès devraient avoir lieu dans un avenir proche. Cette situation illustre une tendance inquiétante consistant à utiliser le système judiciaire comme un moyen de pression contre les journalistes, les militants politiques et les voix dissidentes, ce qui a un impact direct sur la liberté d’expression, la participation citoyenne et le climat propice à la société civile en Algérie.
Le professeur Tahar Ouhachi a été déféré devant le tribunal correctionnel de Blida et reste en détention provisoire
L’affaire concernant l’universitaire Tahar Ouhachi, dont nous avions déjà fait état après son arrestation et sa mise en détention provisoire le 15 février 2026, a pris une tournure inquiétante devant la justice. Le 7 mai 2026, il a été rapporté que la chambre d’instruction du tribunal de Blida avait décidé de le renvoyer devant le tribunal correctionnel, à l’issue d’une audience tenue la veille. Selon les informations fournies par la défense, Tahar Ouhachi, maître de conférences et chercheur en histoire ancienne à l’université de Blida, est poursuivi pour deux chefs d’accusation : « apologie d’actes terroristes par le biais des technologies de l’information et de la communication » et « diffusion de fausses informations susceptibles de porter atteinte à la sécurité et à l’ordre publics », sur la base notamment des articles 87 bis 4, 87 bis 12 et 196 du Code pénal.
Ce renvoi devant un tribunal pénal marque une escalade significative dans cette affaire et renforce les inquiétudes concernant la liberté académique, la liberté d’expression et le recours massif à des accusations pénales liées au terrorisme à l’encontre de voix critiques ou indépendantes. La société civile et plusieurs médias indépendants continuent d’exprimer leur inquiétude face à la criminalisation croissante de l’expression publique et de la recherche universitaire en Algérie.
Blocage du congrès national du SNAPAP et restrictions persistantes à la liberté syndicale
Le 26 avril 2026, le Syndicat national autonome du personnel de l’administration publique (SNAPAP) a publié un communiqué annonçant qu’il n’avait pas pu tenir son congrès national, prévu début avril, faute d’autorisation administrative, malgré l’importance de cette réunion pour son fonctionnement interne et son processus de réunification. Cette impasse survient dans un contexte déjà préoccupant, marqué par une demande de dissolution du SNAPAP, le maintien en place d’une direction mise en cause et les obstacles répétés imposés aux syndicats indépendants.
Le congrès national avait pour objectif de permettre aux différentes factions syndicales et aux fédérations internes de participer à un processus de réunification. L’absence de réponse des autorités empêche donc le syndicat de renouveler démocratiquement ses instances dirigeantes, de résoudre ses divisions internes et de mener librement ses activités. Cette situation constitue une grave restriction à la liberté d’association et aux droits syndicaux, garantis par les engagements internationaux de l’Algérie, notamment les conventions n° 87 et 99 de l’Organisation internationale du travail. Une déclaration publique de Riposte Internationale a également condamné cette obstruction et exhorté les autorités à délivrer les autorisations nécessaires.
Wafia Tidjani condamnée à cinq ans de prison et l’utilisation abusive de la législation antiterroriste contre la liberté d’expression en ligne
Le 22 avril 2026, Wafia Tidjani a été condamnée à cinq ans d’emprisonnement, dans une affaire qui soulève de graves inquiétudes quant au climat dans lequel évolue la société civile en Algérie. Cette condamnation repose sur des chefs d’accusation extrêmement graves, notamment liés au terrorisme, au complot contre la nation, à l’atteinte à l’unité nationale et à l’incitation au séparatisme, alors que les preuves invoquées concernent des échanges et des publications sur Facebook ainsi que des formes non violentes d’expression et d’engagement. Cette affaire illustre une fois de plus le recours à des accusations pénales particulièrement graves pour réprimer les expressions critiques en ligne et sanctionner des formes d’engagement civique et de solidarité. Elle envoie un message dissuasif à tous les défenseurs des droits humains, militants, bénévoles, personnes engagées dans l’action humanitaire et acteurs de la société civile. L’élan de solidarité suscité par cette affaire montre qu’elle est perçue comme emblématique d’un rétrécissement continu de l’espace civique et d’un recours inquiétant à la loi pour réduire au silence les voix indépendantes. La défense a annoncé qu’elle ferait appel.