Le Gabon a connu d’importants changements politiques et institutionnels depuis le coup d’État d’août 2023, qui a mis fin à plus de cinq décennies de règne de la famille Bongo et a inauguré une transition militaire sous la direction du général Brice Oligui Nguema. Cette transition visait à rétablir la gouvernance démocratique et à stabiliser le pays après des années d’élections contestées et d’échecs en matière de gouvernance.
Une étape importante a été franchie avec le Dialogue national inclusif qui s’est tenu en avril 2024 et qui a été largement salué pour avoir créé une plateforme où les acteurs politiques, la société civile et d’autres parties prenantes ont pu débattre des réformes et envisager un avenir plus inclusif. Il a marqué une rupture significative avec le modèle de gouvernance historiquement fermé du Gabon et a démontré un engagement en faveur de processus participatifs pendant la transition. Ce processus a abouti au référendum constitutionnel du 16 novembre 2024, au cours duquel les électeurs ont approuvé une nouvelle constitution introduisant un mandat présidentiel de sept ans (renouvelable une fois), abolissant le rôle de Premier ministre et interdisant la succession dynastique. Ces changements visaient à empêcher les monopoles de pouvoir et à rationaliser la gouvernance. Cependant, la prolongation du mandat présidentiel a suscité un débat : alors que ses partisans affirmaient qu’elle garantirait la stabilité pendant les réformes, ses détracteurs mettaient en garde contre le risque de renforcer la domination de l’exécutif et d’affaiblir les freins et contrepoids, en particulier en l’absence de Premier ministre.
L’élection présidentielle du 12 avril 2025 a marqué le premier scrutin post-coup d’État au Gabon et une étape cruciale dans sa reconstruction démocratique. Le dirigeant de transition Brice Oligui Nguema a remporté une victoire décisive avec plus de 90 % des voix, dans un contexte de forte participation (70 %) et de conditions généralement pacifiques, même si des inquiétudes persistaient quant à l’influence de l’armée. Les élections législatives et locales ont suivi en septembre-octobre 2025, achevant le calendrier de transition malgré des informations faisant état d’irrégularités.
Tout au long de ces événements, les organisations de la société civile (OSC) ont joué un rôle central dans la promotion du dialogue, la surveillance des élections et la défense de la transparence. Des initiatives telles que les missions d’observation nationales et les campagnes contre la désinformation ont renforcé l’intégrité électorale. Malgré les garanties constitutionnelles, l’espace civique au Gabon reste « obstrué », avec des restrictions sur la liberté d’association et d’expression toujours en vigueur. Cependant, des progrès modestes, tels que l’augmentation de la liberté des médias, l’engagement des OSC dans la gouvernance et l’augmentation globale de 1,3 % du score de l’indice WJP Rule of Law Index 2025, laissent entrevoir la possibilité d’un environnement plus favorable.
En résumé, le Gabon se trouve à la croisée des chemins. Si des défis subsistent, tels que la consolidation des réformes institutionnelles et la résolution des tensions politiques persistantes, le contexte actuel offre un espace plus ouvert et plus propice à la collaboration pour l’engagement de la société civile. La transition a créé des opportunités pour les OSC d’influencer les politiques, de surveiller la gouvernance et de défendre les droits humains, jetant ainsi les bases d’une culture démocratique plus forte au Gabon.
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