Title: Restriction en lien avec l’organisation d’une conférence de presse pour la publication d’un rapport sur la situation des droits humains
L’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH) – ONG de défense et de promotion des droits humains – s’est vu interdire la tenue d’une conférence de presse pour la publication de son rapport 2026 sur la situation des droits de l’homme en République du Congo.
En effet, l’OCDH projetait de publier son rapport annuel le 27 février 2026 à 14h, dans la salle de réunion du Centre d’Information des Nations Unies (CINU) à Brazzaville, dûment réservée pour cet évènement.
Dans la matinée du 27 février, les responsables de l’OCDH ont été contactés par les gestionnaires de la salle du CINU, pour être notifiés de l’interdiction formelle par le Gouvernement de cette réunion, au motif de « trouble à l’ordre public ».
La directrice exécutive de l’OCDH a témoigné n’avoir eu d’autre choix que de délocaliser la cérémonie au siège d’une autre organisation, dans le but d’échapper à la vigilance des services de sécurité. Ainsi, la cérémonie a finalement été organisée le jour même en présence de quelques missions diplomatiques et des médias locaux et étrangers.
Le 9 mars 2026, le Consortium des Associations pour la Promotion de la Gouvernance Démocratique et de l’État de Droit (CAPGED) a publié une Note de Position dans laquelle il a déclaré que “cet acte illustre une dérive inacceptable qui sert a renforcer la répression de la liberté d’expression » et « il est essentiel de rétablir un dialogue ouvert entre les autorités congolaises, les Nations Unies et les organisations de la société civile pour prévenir de telles violations à l’avenir. »
Interruption d’Internet, des appels et des SMS sur le territoire national durant l’élection présidentielle
L’accès aux réseaux de téléphonie mobile et à internet a été subitement interrompu sur l’étendue du territoire national, le dimanche 15 mars 2026 par les autorités congolaises, le jour même consacré au premier tour du scrutin présidentiel. Les communications ont été coupées très tôt le matin du vote, et rétablies partiellement une fois que la proclamation des résultats provisoires ait été actée.
Cette suspension totale des communications a suscité inquiétude au sein de l’opinion publique, privant ainsi le scrutin de la transparence, du devoir citoyen d’accéder à l’information et de témoigner la vérité. Les autorités n’ont pas expliqué les raisons de cette coupure et se sont contentées d’affirmer que le scrutin s’était déroulé dans de bonnes conditions. Or, cette coupure pendant les élections constitue une violation des droits fondamentaux et des libertés numériques garantis par la législation congolaise.
Cette mesure injustifiée aggrave encore la situation des droits fondamentaux pendant la période préélectorale, au cours de laquelle les rassemblements publics ont été surveillés et des militants des droits humains ont été arrêtés. En janvier 2026, le directeur général de la sécurité présidentielle avait fait des déclarations laissant entendre que la force militaire serait utilisée contre tout manifestant pendant les élections.
Arrestation et détention de l’activiste et influenceur Fred Makita
Le 9 janvier 2026, l’influenceur et militant congolais Jonas Fred Makita a été arrêté à Pointe-Noire par des membres de la police judiciaire. Il a été placé en garde à vue puis transféré le lendemain à Dolisie, troisième ville du pays, où il a été présenté devant le procureur général de la Haute Cour de Dolisie le lundi 12 janvier. Cette arrestation fait suite à une plainte déposée pour « outrage à la cour et diffamation contre une institution ». Le militant est depuis détenu à la prison de Dolisie.
Cette détention a suscité l’indignation de la population locale, en particulier parmi les partisans du militant, quant aux véritables motifs de son arrestation. Cela a contraint les autorités judiciaires, par l’intermédiaire du procureur de la Haute Cour de Pointe-Noire, à tenter de souligner qu’il s’agissait d’une affaire purement judiciaire et non politique.
Cette arrestation est préoccupante compte tenu de l’activisme et de l’engagement de cet influenceur sur les réseaux sociaux. En effet, ses vidéos, ses déclarations et ses prises de position sont souvent critiques à l’égard des actions du gouvernement, qu’il remet régulièrement en cause en appelant à une gouvernance responsable et transparente. Il dénonce des cas de corruption et appelle régulièrement le pouvoir exécutif à prendre des mesures contre les actes dénoncés. Ses révélations contribuent à mettre en lumière les failles de la gouvernance, les actes de corruption et les malversations dont les autorités et d’autres personnalités politiques sont directement responsables. Cette arrestation peut donc être attribuée à la volonté de faire taire un activiste dont les actions sont considérées comme une nuisance importante.
De plus, selon les informations reçues, il a été déshabillé à son arrivée au commissariat central de Dolisie et aurait été victime d’une tentative d’enlèvement à la prison de Dolisie dans la nuit du 24 janvier . Cette humiliation suggère une volonté de le déshumaniser, de porter atteinte à sa dignité en tant qu’être humain et à son psychisme afin de l’affaiblir et de régler des comptes, plutôt que de rendre une justice équitable et donc d’appliquer strictement la loi.
Entre le 17 et le 25 octobre 2025, deux acteurs majeurs de la société civile en République du Congo – la directrice exécutive de l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) et le Directeur du Centre d’action pour le développement (CAD) – ont été la cible d’une campagne d’intimidation croissante sur les réseaux sociaux. Cette campagne a eu lieu alors qu’ils dénonçaient les violations des droits humains commises dans le cadre de l’opération « Zero Kuluna », menée par la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP) pour lutter contre les gangs armés de jeunes connus sous le nom de « Bébés noirs ».
- Le 17 octobre, un commentateur pro-gouvernemental a publié un message menaçant sur Facebook attaquant la directrice de l’OCDH après son appel à mettre fin aux exécutions extrajudiciaires dans le cadre de l’opération « Zero Kuluna ».
- Le 25 octobre, un autre utilisateur de Facebook a faussement accusé le directeur du CAD d’être un chef de gang des « Black Babies » et a diffusé sa photo, le présentant comme activement recherché par les services de sécurité.
Ces incidents s’inscrivent dans une vague plus large de harcèlement déclenchée par la DGSP. Toute personne ou organisation qui exprime des préoccupations en matière de droits humains est rapidement qualifiée de sympathisante des gangs et fait l’objet d’incitations à la haine. Des influenceurs proches des autorités, tels que les membres du Mouvement des Jeunes Présidentiels, ont activement mobilisé les réseaux sociaux pour discréditer la société civile et justifier les abus, renforçant ainsi un écosystème d’intimidation pas forcément organisé mais clairement pro-gouvernemental.
Les autorités de l’État n’ont pas condamné les menaces ou les abus ; au contraire, le ministre de la Communication a publiquement critiqué les ONG pour s’être opposées à l’opération. L’intensité de cette campagne de harcèlement a incité les militants congolais à réagir sur les réseaux sociaux afin de recadrer les choses et clarifier les motivations derrière les positions de la société civile sur cette opération. En réponse, l’OCDH a publié un document de position le 3 novembre dénonçant l’intimidation des défenseurs des droits humains. A l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences à l’égard des femmes, RPDH a publié une déclaration dans laquelle, elle interpelle le gouvernement pour renforcer la protection des femmes défenseures objet d’attaque et de harcèlement numérique. L’organisation a recommandé l’adoption urgente de la loi de protection des défenseur(e)s.